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mardi 18 novembre 2014

Au Bonheur des Dames

Auteur : Emile Zola
Genre : Roman, Drame

Edition : Lgf
Parution : Octobre 1971
Pages : 544 pages

Prix : 4,50 euros

Résumé
Octave Mouret affole les femmes de désir. Son grand magasin parisien, Au Bonheur des Dames, est un paradis pour les sens. Les tissus s’amoncellent, éblouissants, délicats. Tout ce qu’une femme peut acheter en 1883, Octave Mouret le vend, avec des techniques révolutionnaires. Le succès est immense. Mais ce bazar est une catastrophe pour le quartier, les petits commerces meurent, les spéculations immobilières se multiplient. Et le personnel connaît une vie d’enfer. Denise échoue de Valognes dans cette fournaise, démunie mais tenace.
Zola fait de la jeune fille et de son puissant patron amoureux d’elle le symbole du modernisme et des crises qu’il suscite. Personne ne pourra plus entrer dans un grand magasin sans ressentir ce que Zola raconte avec génie : les fourmillements de la vie.

Avis de Manon
Depuis le collège ce livre a une place de choix dans ma bibliothèque ! Pourquoi me direz-vous ? Et bien déjà parce que j’aime beaucoup la série des Rougont-Macquart donc ce roman est issu. A l’époque, ce brave Emile s’était mis en tête d’étudier les caractéristiques (enfin ici plutôt les tares) héréditaires d’une famille sur plusieurs générations et de dépeindre de manière plus générale la société du Second Empire. Bref tout un programme qui a sans doute traumatisé des générations de lycéens mais a sûrement fait le bonheur de leurs professeurs de français !
En plus,et c’est assez rare pour être souligné, il s’agit d’un des rares romans de Zola qui finit plutôt bien. Et pour moi, c’est en grande partie grâce à la douce Denise.

Denise Baudu, jeune provinciale naïve et candide arrive à Paris avec ses deux frères pour travailler dans la boutique de son oncle, petit commerçant. Or celui-ci ne peut pas la garder. La concurrence que lui fait « Au Bonheur des Dames » d’Octave Mouret, magasin d’un genre nouveau et précurseur de la grande distribution, tue peu à peu sa boutique. Denise en est donc réduite à travailler au Bonheur des Dames où sa condition est loin d’être enviable. Ses conditions d’existence sont assez précaires et les autres vendeuses prennent plaisir à la rabaisser et à l’exploiter. Mais petit à petit la jeune fille va réussir à trouver sa place et à s’imposer dans ce milieu implacable surtout que Mouret semble fasciné par la petite vendeuse aux idées résolument modernes. 

Zola retranscrit ici avec beaucoup de minutie la naissance des grands magasins et leur impact sur la société. Très réaliste, chaque personnage est prétexte à une analyse sociale et critique. La bourgeoisie, les vendeuses, le petit commerce… Personne n’y échappe ! Le fonctionnement d’un grand magasin, dans ses moindres aspects, sous le Second Empire est vraiment bien détaillé et assez fascinant à lire. Au Bonheur des Dames est vraiment un personnage à part entière et sans doute le plus complexe comme le montre la frénésie ou la passion qu’il déchaine chez tous ceux qui ont affaire à lui.

J’aime beaucoup le personnage d’Octave Mouret, le charismatique propriétaire d’Au Bonheur des Dames. Mais attention la réussite de son empire commercial et son succès dans les salons parisiens ne l’empêchent pas d’avoir un côté sombre et torturé, hérédité familiale oblige ! L’arrivée de Denise ne fera rien pour arranger les choses...
Denise est, quant à elle, un personnage attachant mais elle peut vite devenir agaçante. A certains passages, et dès ma première lecture, je me suis demandée si elle ne souffrait pas d’un complexe d’infériorité ou si en plus elle n’aimait pas ça ! Mais bon heureusement elle semble reprendre du poil de la bête à d’autres moments et surtout ne se laisse jamais démoraliser longtemps. C’est vraiment le personnage courageux, raisonnable et optimiste par excellence même si elle a ses moments de doute comme tout le monde. 
Les personnages secondaires ne sont pas en reste non plus. Chacun d’eux a une histoire propre même si celle-ci est parfois à peine esquissée par l’auteur mais tous ont un point commun, en bien ou en mal : Au Bonheur des Dames.

La plume de Zola n’est sans doute pas étrangère à mon engouement pour cette histoire. C’est vrai que les descriptions sont parfois longues et s’étalent sur plusieurs pages. A plusieurs reprises, j’ai dû m’accrocher pour ne pas perdre le fil mais le style de Zola est vivant, direct et vraiment imagé. Il sait adapter son écriture à chaque personnage et les rendre vivants et réalistes.

Au bonheur des Dames est un de ces classiques qui m’ont donné envie de lire. Il mêle habilement critique sociale et histoire d’amour dans un style qui fait, encore aujourd’hui, le succès de son auteur. Il ne me reste plus qu’à relire le reste de la série des Rougon-Macquart et dans le bon ordre !

Extraits
« Du reste, pourquoi étalez-vous tant de marchandises ? C’est bien fait, si l’on vous vole. On ne doit pas tenter à ce point de pauvres femmes sans défense. »

« Est-ce que cette sauvageonne finirait par devenir une jolie fille ? Elle sentait bon de sa course au grand air, elle était charmante avec ses beaux cheveux épeurés sur son front. Et lui qui, depuis six mois, la traitait en enfant, qui la conseillait parfois, cédant à des idées d’expérience, à des envies méchantes de savoir comment une femme poussait et se perdait dans Paris, il ne riait plus, il éprouvait un sentiment indéfinissable de surprise et de crainte, mêlé de tendresse. Sans doute, c’était un amant qui l’embellissait ainsi. À cette pensée, il lui sembla qu’un oiseau favori, dont il jouait, venait de le piquer au sang. »

« La direction se montrait impitoyable, devant la moindre plainte des clientes ; aucune excuse n’était admise, l’employé avait toujours tort, devait disparaître ainsi qu’un instrument défectueux, nuisant au bon mécanisme de la vente ; et les camarades baissaient la tête, ne tentaient même pas de le défendre. Dans la panique qui soufflait, chacun tremblait pour soi. »

Note
5/5

8 commentaires :

  1. Et bien aussi étrange que cela puisse paraître, je crois n'avoir jamais rien lu de Zola.... Il va falloir que je m'y mette !! ;)

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    1. Alors surtout il ne faut pas hésiter et se jeter à l'eau. Au bonheur des Dames est vraiment un superbe roman et c'est celui que j'ai préféré de cet auteur !

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  2. Au bonheur des Dames est également mon roman préféré de Zola, je l'ai lu et relu un paquet de fois !

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    1. Pareil pour moi ^^ J'aime beaucoup ses autres romans mais celui-ci reste indécrottable pour moi !!

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  3. Oh mon dieu ! Tu ne peux pas savoir à quel point ça fait plaisir de lire une chronique sur un livre d'Émile Zola ! Mon préféré est L'Assommoir, puis Nana et Au Bonheur des Dames ♡
    Les histoires de cet auteur sont toujours d'actualité, ils dressent des portraits très réalises des gens, de la société, et on voit que peu de choses en changer (à part l'évolution électronique) mais vis-à-vis de la mentalité des gens, c'est à peu près pareil.
    J'aime ce coté dramatique, son écriture noire, si pleine de vérité.
    Je ne m'en lasse pas.
    J'ai lu ce livre et j'ai pu voir son adaptation au lycée, avec une professeur de français qui était aussi fan que moi. Mais je préfère de loin le livre que le film :)
    Encore une fois, très bel article !
    Bises

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  4. J'avais eu du mal avec cette œuvre assez longue, surtout les descriptions de tissus, mais j'ai finis par apprécier l'intrigue, et j'en garde un bon souvenir :D

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  5. Un vrai délice livresque ! J'ai adoré cette lecture et je serai bien capable de la relire

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  6. Une très belle plume de Zola, j'ai passé un bon moment avec ce roman, c'est un classique qu'il faut avoir lu une fois :)

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